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Le feu follet

(Journal de Pesselières numéro 59 - Juillet - août 2020)

LE FEU FOLLET


« Louis, Louis, qu’as-tu donc ? Ça ne peut être ces quatre lieues que tu viens de parcourir qui t’ont mis dans cet état. Arrête de souffler. Cesse de te sortir les yeux de la tête … »

Augustine ne sait plus quoi faire …


« Veux-tu de l’eau, ou bien un peu d’alcool ? »


Un long moment après, Louis cesse de trembler, il retrouve la parole « Tu ne peux pas savoir, tu ne peux pas savoir …Je venais de terminer ma journée à extraire de la pierre à Bué, je revenais ici, le jour commençait à tomber et puis, passé les Garennes, tout à coup, je vois une petite lumière au ras du sol. Qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Ce n’est pas éblouissant, c’est jaune, c’est assez petit… Et tout à coup cela me suit. Je m’arrête, ça s’arrête, je repars la lumière me suit. Tu peux me croire, ça a duré un long moment. Tu sais ces choses-là c’est effrayant !

« Qu’est-ce que cela pouvait bien être ? J’y repense tout à coup, c’était près du cimetière… Au même instant je me souviens de la vieille qui guérissait les chèvres avec des formules magiques. Elle était méchante. Elle m’en voulait parce que j’avais creusé un passage dans sa haie… Est-ce que ça pourrait être  elle ? La lumière m’a quitté près d’ici … Je repense alors au vieux père Victor. Lorsque nous étions enfant, nous lui volions des pommes et des sorbes.

Pourquoi pas lui aussi ?


« Ces deux vieux ne sont plus là depuis longtemps, mais n’auraient-ils pas pu me jeter un sort ? Augustine, si demain cela recommence, je ne sais pas si je retournerai à la carrière »

« Louis, je ne peux pas t’aider, ne dis rien aux enfants… Tu sais qu’il faut en assumer  la charge. Tu t’épuises pour rien. Viens te coucher.»

Le lendemain, Louis est retourné à la carrière, il a mis son couteau dans sa musette, il n’a plus jamais reparlé de cela.

Depuis, il est maigre, il est tout craintif…

Et s’il avait revu la petite lumière ?      

                                                           Geneviève Barili


Articles antérieurs : ici et ici


Couisse ou jau ?

Poule ou coq ?

Sur ces pages sont publiées les versions en « français » des articles de la rubrique « Couisse ou jau » écrits par Geneviève Barili.



La louée

(Journal de Pesselières numéro 62 de  janvier - février 2021)

Le marché aux domestiques

  « Allons les enfants, dépêchez-vous, nous devons y aller si nous ne voulons pas arriver dans les derniers. C’est loin, et cette fois-ci il y aurait bien foule à la St Martin. »

  Ils sont deux enfants, ils ont terminé  leur scolarité cet été. Ils ont onze et douze ans. Ce sont deux garçons. A la maison,  ils sont cinq petits. Leur mère n’a pas traîné et la situation n’est pas facile pour elle. Elle leur a dit «  Ce n’est pas tout d’aller ramasser des sorbes et des nèfles le long des chemins, maintenant il faut gagner votre vie. »

  Ce matin, ils ont fait leur toilette, mis une blouse propre. C’est leur père qui les accompagne au champ de foire.

  Ils ont marché longtemps, ils sont rompus, mais on ne doit pas avoir l’air geignard si on veut trouver un employeur et gagner sa vie.

  Les voilà arrivés. Ils sont alignés en plein vent. Certains ont le nez qui coule. Peut-être sont-ils déjà enrhumés.

  Les propriétaires des domaines les passent en revue. Certains sont trop petits, maigrelets, d’autres ont les pieds en-dedans, d’autres n’ont pas le regard franc. Tout cela n’est guère positif, il faut trouver les meilleurs parmi ces bons à tout faire.

  Midi a sonné depuis longtemps… les enfants sont affamés, leurs pieds sont glacés, ils grelottent. Ils  voudraient tant rentrer chez eux …

  Soudain le Maître Léon s’arrête, il leur fait ouvrir grand la bouche, tourner les yeux dans tous les sens. Tout est bien, il les engage tous les deux. Les enfants sont stupéfaits. Ils ne rentreront pas chez eux ce soir.

  Leur père est tout près, il a assisté à la scène, il sait qu’il repartira seul …

                                                                Geneviève Barili